C’était un 17 Novembre 1992,un monument de la musique Burundaise s’en allait ! Nikiza David plus connu sous son sobriquet de “Nikkidev” était emporté des suites d’une longue maladie et dans la pauvreté totale. Il laissera un héritage impressionnant dans la musique burundaise, fera des émules au sein du célébrissime groupe Amabano dont un certain Canjo Amissi.

David NIKIZA fait son entrée sur la scène musicale rwandaise par une chanson-phare « Rendez-vous au Mont Kigali », qui était également un merveilleux poème dédié à la beauté du Pays des Mille Collines. Mais, plus encore, lorsqu’il quitte définitivement Kigali pour Nairobi en 1974, c’est de nouveau par un poème chanté sous le titre « Je me suis retrouvé dans tes bras » dédié à son amie, qu’il foudroie ses fans avant de partir. Il était vrai poète, les chansons de Nikiza David n’ont rien perdu de leur saveur. Loin de là ! Nombreuses sont reprises dans les karaokés de la capitale. Dans les radios, il n’y a pas un jour où on n’entend pas, « Tamba amayaya », « Amosozi y’urukundo » ou encore « Umugore w’ubu ni temba ntereka ». Cette dernière sera d’ailleurs interdite sous le pouvoir du Colonel Jean Baptiste Bagaza, accusée d’outrage à la femme. Mais en réalité, l’artiste faisait allusion à l’épouse d’une autorité dont on se gardera de citer le nom qui avait la réputation de « femme facile »…

Première vedette internationale

Suite à la crise de 1972, Nikiza David a dû s’exiler : d’abord à Kigali, puis à Nairobi. A kigali, il s’est fait un nom dans l’interprétation des chansons européennes. Son français impeccable, lui valant même une place d’animateur à la Radio Rwanda. Mais son talent ne sera réellement découvert qu’avec son groupe « Les fellows », rival de l’orchestre national du Rwanda des années 1970. En 1974, au grand malheur de ses fans, la super vedette, après le tube « Je me suis retrouvé dans tes bras », prend la route vers le Kenya. A Nairobi, l’artiste intègre les milieux musicaux professionnels et signe des contrats. Il forme un nouveau groupe « Explorers » avec deux autres Burundais rencontrés au Kenya, notamment Africanova, Tanga (Frère de Khadja Nin), deux kenyans (un guitariste bassistes et un batteur), et un Trompettiste Congolais. Très vite, les « Explorers » ont beaucoup de succès et notamment auprès du conseiller d’Ambassade du Burundi à Nairobi, Mukuri Jean Baptiste qui rêve de ramener les troubadours au pays. Non sans mal, c’est le DG de la Radiodiffusion nationale du Burundi, Athanase Karayarenga qui parviendra à convaincre les jeunes musiciens de revenir au bercail.

Ecoutez NIKIDAV c’est entendre l’âme de tous les innocents Barundi morts lors du génocide de 1972 au Burundi qui nous murmurent encore entre nos oreilles. C’est vivre à nouveau ces rires, ces beaux moments, que l’on passait ensemble avec eux à écouter cette bonne musique à la Radio …” Disait un badaud burundais, la cinquantaine passée, en plein centre de Bujumbura.

Puis février 1978, l’inespéré arriva !

« L’arrivée au Burundi de Nikiza David et son orchestre ‘Explorers’ a eu l’effet de l’explosion d’une bombe dans les esprits des musiciens et des mélomanes Burundais », écrit dans son livre « De l’Inanga à la guitare classique », Mgr. Justin Baransananikiye, un des fondateurs de l’orchestre national du Burundi en 1977. A peine arrivés sur le sol Burundais, les « Explorers », désormais appelés « Amabano » se produisirent au Campus Kiriri, en mai 1978. « Pour la première fois, nous avons écouté du Rythm & Blue en Kirundi… », raconte Mbazumutima, un musicien et grand fan de Niki Dave. A travers ses deux œuvres chocs, « Tamba amayaya Burundi » et « Shoreza inyange », Nikiza david donna le ton à toute une génération de musiciens. Le moderne s’invita dans le traditionnel, les styles de guitares et les rythmes changèrent inévitablement. Quant aux orchestres habituels, ils durent tout bonnement suivre la nouvelle tendance. « Un nouveau thermomètre musical venait d’entrer dans le pays en la personne de David Nikiza et son groupe Explorers », se souvient Mgr Baransananikiye dans son ouvrage. Au niveau international, le talent du groupe est confirmé par le concours musical « Concours du moulin d’or » lancé par Radio Nederland, qu’il remporte sans haut la main.

Seul mais libre

« Il voulait être libre, chanter selon sa propre inspiration et non selon des idéologies politiques », explique André Nyandwi, ancien journaliste.En effet, à l’époque, il était de coutume que les artistes soient sollicités pour des productions de chansons à caractère politique. Nikiza David ne veut pas et quitte ainsi le groupe « Amabano » et chante son thème de prédilection : l’amour, dans des chansons comme « Urantunga mu bandi », « Sinarinzi ko norize », mais également des chansons à caractère socio éducative, comme « Sangwe Bagiraneza ». Loin de perdre son succès, Nikiza David devint l’ami de jeunes apprentis de la capitale pour lesquels, il initia même un projet « Système Wamassax ». Cela permit à de jeunes musiciens chanteurs notamment Matata, Kidumu, Appolinaire Habonimana, etc de se produire sur scène lors de ses propres concerts et commencèrent à se faire connaître du public.

famille de Nikidave avec Femit de Jabat

La fin d’une grande étoile

A partir de 1986, Nikiza David est très souffrant. Il se convertit au protestantisme et change de registre. Il enregistra 4 albums gospel « Pasika Nziza », dans lequel on trouve « Safari », une chanson emblématique, « Gloria », « Commando du Seigneur ». En 1992, sentant la mort proche, il intitula son dernier album produit à Bukavu « Tumaini » (Espérance en swahili). L’après midi du 17 novembre 1992, le Burundi a perdu un de ses chanteurs les plus aimés. Sous une fine pluie, à l’hôtel Roi Khaled, « Niki Dave » comme le surnommaient alors ses fans, s’en est allé, sans femme ni enfants. A 44 ans. De quoi est-il mort ? « Il avait tous les signes cliniques d’un sidatique, mais on n’en sait pas plus… », raconte André Nyandwi, ancien journaliste à la RTNB, le dernier d’ailleurs à avoir fait une interview avec le défunt.

Depuis Bujumbura, pendant la semaine du 28 juillet 2014 au 3 août 2014,  l’artiste burundais  Femi de J’Abat  a annoncé son intention d’inaugurer “la Fondation David NIKIZA”. 

 

 

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