Le week-end du 30 au 31 octobre 1976, fut l’un des plus longs de l’histoire du Burundi. Vers 1 heure du matin, alors que tout le pays est plongé dans le sommeil et pendant que le Lieutenant général Michel Micombero s’apprêtait à célébrer le dixième anniversaire de sa prise de pouvoir, lundi 01 novembre 1976, le premier président de la République du Burundi n’avait plus le droit de poser les pieds au palais.

Vers 1h30′ du matin, les véhicules blindés et autres sont sortis des casernes pour aller quadrieller les points stratégiques. C’est à dire l’aéroport international de Bujumbura, la radio nationale, la banque centrale (BRB) etc…Le glas venait de sonner pour le régime du président Michel Micombero. Un nouveau chapitre entrait dans l’histoire du Burundi. La nouvelle qui est tombée le matin de la fête de Toussaint a pris de court ses pairs avec Mobutu Sese Seko en tête, qui avaient commencé à apprêter des messages de félicitation.

Bruits de bottes

Dans la foulée de ces préparatifs, le président Michel Micombero avait été informé par ses services secrets qu’il se tramait quelque chose de dangereux contre son pouvoir et lui-même savait depuis quelques mois que l’épée de Damoclès planait sur sa tête. Et pour cause, en ce moment, le ver de la haine régionaliste au sein d’une armée quasi mono ethnique rongeait presque tous les esprits. Il y’avait deux camps, celui de Bururi contre le reste et le général major Thomas Ndabemeye, le plus gradé du camp anti Bururi et qui occupait la plus haute fonction avait déjà planifié le renversement de son chef. Son adjoint le Lieutenant Colonel Jean Baptiste Bagaza ressortissant de Bururi, mijotait déjà son coup depuis que le président Micombero avait averti le camp de Bururi de faire attention aux voleurs de tambour. Le colonel Silvère Nzohabonayo qui se trouvait être l’oncle maternel de la première Dame Adèle Micombero lui aussi voulait s’assoir sur le fauteuil présidentiel. Et c’est ce dernier qui s’est rendu dans la nuit du 1 novembre 1976 immobilisé le président Micombero avant de le conduire à Ngozi où, il sera placé en résidence surveillée. Selon une source très proche du président Micombero qui était dans le secret à l’époque des faits m’a confié un jour que dans le camp Bururi le Lt colonel Edouard Nzambimana était le plus pressé.

“Dès, ce lundi 01 novembre 1976, un couvre-feu est instauré à partir de 17 hoo, interdiction de se déplacer d’une province à une autre et l’unique radio nationale n’émet que de la musique classique”

A la surprise de tout le monde et contre toute attente, le Lieutenant colonel Jean Baptiste Bagaza profita de sa position et décida le premier de franchir le Rubicon et les autres se sont retrouvés devant un fait accompli. Le Lt colonel Jean Baptiste Bagaza à la tête du Conseil Suprême Révolutionnaire (CSR), décide l’arrestation du chef d’Etat major le général Ndabemeye perçu comme élément dangereux pour la jeune révolution puis son emprisonnement à la prison centrale de Bururi. Dès, ce lundi 01 novembre 1976, un couvre-feu est instauré à partir de 17 hoo, interdiction de se déplacer d’une province à une autre et l’unique radio nationale n’émet que de la musique classique, le pays n’a pas encore de président, le groupe anti Bururi est déjà démantelé à cause de la défection de plusieurs officiers non originaires de Bururi qui ont rejoint le camp Bagaza notamment le commandant Mandi Stanislas, Niyungeko Antoine, Buhungu Antoine Marie, et les autres. Les colonels Nzambimana et Nzohabonayo furent obligés de se courber après quelques jours de tractations et d’incertitude. Pendant tout ce temps, alors que les plaies de 1972 n’étaient pas encore cicatrisées, le président déchu appelait au calme et demandait aux putschistes de ne pas replonger le pays dans un bain de sang. En guise de remerciement pour l’attitude adoptée par le général Micombero, son tombeur J Baptiste lui permit de sortir le pays librement et lui accorda une rente jusqu’à la fin de sa vie.

Le général Michel Micombero fut le premier président africain déposé à la suite d’un coup d’Etat à jouir de tels avantages. Le nouvel homme fort de Bujumbura, selon toujours la même source sous le sceau du secret décida de consoler son principal challenger le Lt colonel Edouard Nzambimana en restaurant le poste de premier ministre mais son passage à la primature ne dura que le temps de la rosée. L’équipe de putschistes s’était convenu de diriger le pays collégialement. Or, le chef de l’Etat n’a pas d’égal comme il n’a pas d’ami dans le pays. Vérité oubliée ou ignorée. Deux ans plus tard, tous ceux qui avez fait du colonel Jean Baptiste Bagaza le nouveau roi du Burundi tombèrent tous en disgrâce avant de diriger le pays d’une main de fer.

A bas la tyrannie !!

Le 06 novembre 1976, le colonel J Baptiste Bagaza président du Conseil Suprême Révolutionnaire après avoir autorisé le déplacement d’une province à une autre, a lu un communiqué lapidaire dans lequel le général Michel Micombero est vilipendé d’une manière extrêmement violente en dépit de tout le soutien que ce dernier avait apporté à son tombeur afin d’éviter le pire. Et curieusement, ses anciens homologues qui avaient préparé des messages souhaitant au président Michel Micombero une bonne fête, imitèrent le nouveau maître de Bujumbura. Les messages envoyés au Burundi étaient pleins de diatribes et décriaient le régime déchu : « A bas la tyrannie !!, A bas la dictature !!!, Corruption etc…..pouvait-on lire. C’était le début d’une très grande traversée du désert pour les dignitaires du régime de Micombero.
A suivre

Texte écrit par Notre Contributeur Alain Désire Karorero, Journaliste Consultant, E-mail: ami.peuble@yahoo.fr

 

 

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